Le Journal du Médecin - «Pour les hôpitaux francophones, investir dans un DPI est un véritable défi»

Publié le 17/09/2017

Xperthis - digital solutions for smarter patient care

L’informatique hospitalière est en pleine évolution. La création prochaine de réseaux hospitaliers vient encore complexifier les technologies de l’information. Quelles sont les difficultés que rencontrent les hôpitaux ? Melchior Wathelet, CEO de la société belge Xperthis dont l’ERP* (ERP4HC) équipe la moitié des hôpitaux du pays, répond à cette question.

Pour le 1er janvier 2018, tous les hôpitaux belges doivent avoir et utiliser un dossier patient informatisé. Est-ce possible ?

- Melchior Wathelet : Cet objectif est atteignable si on unit les forces... mais ce n’est pas la première date butoir qui serait postposée. Certains hôpitaux veulent développer leur système tout seul. En informatique, développer est un défi gigantesque. Pour une société, rendre ses programmes compatibles avec tous les autres systèmes créés par d’autres entreprises est également un travail gigantesque. Les développements ponctuels individuels sont voués à disparaître. Xperthis, et plus globalement le groupe NRB, est conscient de la véritable révolution qui secoue le secteur hospitalier. Nous essayons d’y apporter une réponse dans le domaine des technologies de l’information (IT) pour permettre aux hôpitaux de relever les défis actuels. L’IT peut apporter des solutions afin de continuer à proposer des soins de qualité en maintenant un prix acceptable pour l’Etat et pour le patient.

- Est-ce que cela passe par une concertation des acteurs ?

- En effet, au sein de notre entreprise nous avons rassemblé les 3 plus gros producteurs de DPI utilisés du côté francophone. On demande aux hôpitaux de devenir assez importants pour investir et rencontrer les défis de demain, pour l’IT nous avons fait globalement la même chose. Séparément, Omnipro, H+, bDoc étaient voués à disparaître parce qu’ils n’avaient plus la taille suffisante pour pouvoir accompagner de façon optimale la révolution hospitalière. Nous avons également posé des choix stratégiques extrêmement clairs au niveau de notre DPI en proposant un modèle intersystèmes utilisant la base bDoc. Nous avons aussi défini les contours de notre DPI intégré. Pour nous, le fil rouge est ce qui est transversal pour le trajet du patient au sein de l’hôpital. Cela regroupe la partie médicale, la partie nursing, la prescription, les examens, les serveurs de résultats et l’agenda. Tous ces éléments doivent se parler pour former un véritable DPI intégré. Comme nous sommes un développeur de programmes, nous voulons développer notre propre DPI. Nous voulons également l’intégrer dans un écosystème qui peut travailler avec les partenaires qui ont été choisis par les hôpitaux. Nous avons une très forte intégration au niveau de la gestion de l’hôpital grâce, entre autres, à Oazis ADT (un module qui intègre l'admission, les transferts et les sorties dans l'ensemble des processus administratifs del'hôpital : NDLR), à Oazis TARFAC (un système de tarification et de facturation : NDLR), à notre ERP (progiciel de gestion intégré : NDLR)…

Objectif commun

- Est-ce que cette intégration ne complexifie pas encore le travail des services informatiques des hôpitaux ?

- Oui, parce que l’intégration ne touche pas que la partie médicale mais aussi la gestion. En même temps, tout le monde est rassemblé autour d’un objectif commun. Proposer les meilleurs soins est fondamental mais si en plus on parvient à les rendre payables - voire qu’ils rapportent de l’argent à l’institution grâce à un bon ERP et une gestion efficace des données - on est gagnant. Il faut évidemment que tout le monde travaille dans la même direction.

- Quid de l’ambulatoire, par exemple de l’hospitalisation à domicile ?

- Il faut réfléchir à la gestion de l’infrastructure informatique. Est-ce que demain avec la constitution des réseaux hospitaliers, chaque institution va continuer à avoir son propre système ? Quand passera-t-on dans un environnement « cloud » ? Ce terme fait encore un peu peur mais il y aura un partage d’infrastructures informatiques via le « cloud ». Grâce au portail, nous allons aussi pouvoir offrir des solutions aux généralistes. Demain, nous devrons renforcer le lien avec les médecins traitants puis, ensuite, avec l’ensemble de la première ligne. En outre, le patient va être de plus en plus demandeur de gérer son propre dossier patient et pas uniquement la partie médicale mais aussi les autres volets de sa santé (nutrition, ...). Pour nous, faire partie d’un groupe comme NRB, qui est déjà fort actif dans l’informatique mobile avec sa division Afelio, est un avantage pour le développement de solutions mobiles.

Complexité

- A vous écouter, l’informatique en santé est un long fleuve tranquille, or, Recip-e l’a encore montré récemment, ce n’est pas toujours aussi simple.

- En effet, ce n’est pas simple. Installer un DPI ou un ERP est un travail colossal. Il y a parfois chez les utilisateurs une difficulté d’appréhender la complexité de toutes les évolutions. Mettre en place, par exemple, Recipe-e ou le Belgian Meaningful Use Criteria (BMUC) pour l’interaction médicamenteuse est un vrai défi. Pour Recip-e, avoir regroupé les forces de plusieurs entreprises a permis d’avancer plus rapidement et de se rendre compte sur le terrain qu’il est plus efficace de travailler ensemble que chacun dans son coin.

- Travaillez-vous avez tous les réseaux e-santé régionaux ?

- Les patients aujourd’hui ne comprendraient pas que les données qu’ils ont transmises à un réseau ne soient pas lisibles et utilisables par l’ensemble des acteurs en Belgique. Notre positionnement est d’être un véritable partenaire de développement pour tous les réseaux e-santé régionaux.

Trois freins

- Quels sont les freins que rencontrent actuellement les hôpitaux pour développer un DPI ?

- J’en vois trois. Le premier est un frein interne à Xperthis. Nous sommes le leader sur le marché francophone des DPI. Nous avons réuni récemment trois systèmes différents au sein de notre entreprise. Nous devons créer en interne une logique d’appartenance par rapport à notre produit, Xperthis CARE. Il n’y a plus de guerres de tranchée comme il y a un an et demi. Nous ne sommes pas pour autant au bout du processus.
Le deuxième frein est le changement d’habitude. C’est très difficile. On veut souvent faire la même chose avec l’informatique que ce qu’on faisait avec du papier. Or, c’est bien plus que cela, les potentialités sont démentielles. Il faut pouvoir changer son mode de fonctionnement.
Le troisième obstacle est l’argent. Les hôpitaux doivent avoir les moyens d’investir. A terme, chaque hôpital a intérêt à investir dans un DPI, dans un ERP… L’hôpital doit pouvoir convaincre et trouver les sources de financement. L’enveloppe informatique fédérale pour les hôpitaux est passée de 16 à 56 millions d’euros. C’est un bon signal mais c’est loin d’être suffisant. D’autant plus que cette augmentation est contrebalancée par des pressions budgétaires sur l’ensemble de l’hôpital. Investir avec des budgets revus à la baisse est difficile.

Solutions inabordables

- Certaines solutions DPI étrangères coûtent plusieurs dizaines de millions d’euros.

- Les hôpitaux francophones n’en ont pas les moyens. Même si ces solutions étrangères apportaient une plus-value la différence de prix ne justifierait pas de les choisir.

- Est-ce que les DPI belges sont plus en phase d’un point de vue culturel que les DPI étrangers ?

- C’est ce que nous revendiquons. Le simple fait de travailler en utilisant l’écosystème dans lequel l’hôpital a investi et d’inclure les clients dans l’évolution de nos produits participe à notre approche locale. Les producteurs étrangers de DPI imposent leurs solutions aux hôpitaux parce qu’ils ont de nombreux clients au travers du monde. Il est nécessaire de standardiser. Nousmêmes nous allons viser une plus grande standardisation. Nos trois produits avaient été trop loin dans le surmesure. Cette spécificité n’est pas finançable mais il y a une gradation entre le sur-mesure et le produit industriel. Nous revendiquons le positionnement intermédiaire.

- Un DPI doit avoir une plus-value médicale. Les médecins que vous rencontrez en ont-ils conscience ?

- Pas tous, mais la majorité d’entre eux oui. Ceux qui ont passé le cap et l’utilise, reconnaissent que le DPI les aide au quotidien. C’est une aide thérapeutique et diagnostique mais le DPI améliore aussi la qualité de vie. Il a aussi un impact positif sur les finances de l’hôpital en choisissant les actes thérapeutiques pertinents, en optimalisant les flux, en évitant de refaire des examens… En outre, le prestataire de soins qui se sent soutenu par l’informatique travaille dans un autre état d’esprit. Cette plus-value n’est pas chiffrable. 

 

Entretien réalisé par Vincent Claes
*progiciel de gestion

© Le journal du Médecin - 1er septembre 2017 | N° 2507